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Organisation de débats en SNT

Pour différentes raisons, j'ai organisé un débat avec mes élèves de SNT :

  • pour les faire parler en public ;
  • pour leur faire élaborer et présenter des arguments ;
  • pour les faire réfléchir à une questions d'actualité ;
  • pour les faire s'engager dans un des aspects du programme.

Thème du débat

Dans le chapitre sur les données personnelles, j'ai fait débattre les élèves sur la phrase : « Si vous n'avez rien à vous reprocher, vous n'avez rien à cacher. », qui est un argument souvent avancé aux personnes inquiètes de la collecte de données par les gouvernements, la police, les entreprises commerciales, etc. (industries du web, caméras de vidéosurveillance, fichiers de police, fichers administratifs…).

Organisation

Le déroulement de la séance est décrit sur mon site web de SNT. Je me suis très largement inspiré d'un document qui m'a été donné par une collègue1 de SES : Réussir un débat. En deux mots :

  • La semaine précédente, je distribue aux élèves un corpus de textes pour préparer des arguments. Chaque élève ne reçoit qu'une des douze pages (donc tous les élèves n'ont pas le même document) et ont pour consigne de relever deux arguments en lien avec le thème du débat : soit deux pour, soit deux contre, soit un pour un contre.

  • En amont de la séance, je répartis les élèves aléatoirement dans les différents rôles (sauf les président et présidente, pour lesquelles je choisis au hasard une fille et un garçon).

  • Le jour même :

    • j'introduis le débat avec la vidéo de DataGueule sur le Big Data ;
    • je présente les rôles ;
    • j'attribue les rôles ;
    • je laisse aux deux équipes vingt minutes pour se préparer ;
    • pendant ce temps, avec le reste des élèves (principalement le jury), je mets la salle en place, et nous assistons à un exposé (qui fera l'objet d'un autre article).
  • Et c'est parti pour le débat :

    • Le débat est animé par le président et la présidente ; si tout se passe bien, je me mets en retrait et je ne dis pas un mot de tout le reste de la séance.
    • Il est constitué de cinq rounds de cinq minutes (éventuellement interrompus par un temps mort d'une minute par équipe), séparés par des pauses de trois minutes.
    • Pendant les rounds, seuls deux orateurs ou oratrices par équipe prennent la parole ; le reste des équipes restent silencieux.
  • À la fin du débat :

    • Pendant qu'une partie des élèves remets la salle en ordre, l'autre comptabilise les points au tableau.
    • Je fais un bilan avec la classe (discussion libre autour de : « Qu'avez-vous pensé de cette séance ? »).

Récit

J'ai trois groupes de 24 élèves environ en SNT. J'ai fait cette séance avec chacun des groupes.

Dans deux des groupes, cela s'est bien voire très bien passé : les élèves se sont organisé·e·s seul·e·s, et j'ai pu me mettre en retrait et observer (plutôt à côté du jury pour, parfois, leur rappeler de se taire). À un moment, j'ai regardé la classe et j'ai eu l'impression d'être dans une vidéo de Canopé.

Dans le troisième groupe, j'ai aussi eu l'impression d'être dans une vidéo de Canopé, mais celles où cela se passe si mal qu'on est mal à l'aise par procuration en voyant le professeur débordé par ses élèves : une des oratrices accaparait la parole en enfermant le débat, pendant que les président et présidente intervenaient trop peu ou pas assez, mais sans pour autant améliorer la situation. De mon côté, j'ai à peine pu suivre ce qui se passait, occupé à essayer sans succès de faire taire le jury, qui discutait, ou perturbait le débat par ses interventions.

Bilan

Les élèves ont plutôt apprécié le débat, et veulent en refaire. J'ai eu quelques critiques argumentées et pertinentes (incluses dans ce bilan).

Arguments

L'équipe argumentant « Contre » avait plus de mal à trouver des arguments dans deux des trois groupes ; dans le troisième, c'était l'inverse.

Il y a eu plusieurs affirmations sans preuves qui n'ont pas été relevées par l'équipe adverse.

Les élèves ont du mal à réorienter le débat : une fois le débat parti dans une direction (un type d'argument ; une situation problème que le thème du débat cause ou vient régler), les élèves ne parlent quasiment plus que de cela jusqu'à la fin.

Plusieurs élèves se sont plaints d'avoir du mal à argumenter dans le camp qui leur a été imposé car ils ou elles étaient convaincu du contraire. Je leur ai expliqué que dans la vie, c'est finalement assez courant (par exemple, quand je viens mettre en œuvre avec mes élèves une politique contre laquelle j'ai fait grève).

Jury

Je ne suis pas convaincu de l'utilité du jury. C'est très frustrant pour les élèves qui y sont et qui aimeraient participer, et je ne suis pas sûr que le décompte des points apporte quelque chose : le score final a l'air assez artificiel, et crée inutilement une équipe gagnante (et donc une perdante).

Présidents et présidentes

C'est un rôle difficile : animer un groupe, cela se travaille !

Ils et elles ont tendance à vouloir donner la parole en début de débat, alors que j'ai en tête un débat libre (chaque orateur et oratrice prend la parole quand il le souhaite, dans le respect des autres). Je remarque que le document sur lequel je me suis appuyé parle de « président du jury » quand je parle de « président ». C'est peut-être une bonne idée, pour souligner que leur rôle est plus d'observer (et minuter) que d'animer.

Orateurs et oratrices et Équipiers

Les orateurs et oratrices s'en sont plutôt bien sorti·e·s ; le fait que ce rôle soit volontaire y est sans doute pour quelque chose. Certaines équipe ont changé de rôle à chaque round ; d'autres non.

Dans quelques équipes (mais pas toujours), des élèves sont restés en retrait, sans participer aux discussions (voire en allant bavarder avec des membres du jury pendant les pauses pourtant prévues pour réajuster ses arguments).

Et après ?

Cela s'est assez bien passé pour que je continue cela l'an prochain. Je vais réfléchir à supprimer le jury (pour faire des équipes plus grosses) : les élèves du jury sont frustrés de ne pas intervenir, et je ne suis pas convaincu de son utilité.

Si la situation sanitaire le permet, j'essayerai de faire d'ici la fin de l'année un débat mouvant. Cette forme de débat force chaque participant et participante à réfléchir à la question posées en se positionnant physiquement pour ou contre (d'un côté ou l'autre de la salle). Contrairement à la forme de débat décrite ici, le débat mouvant est plus « léger » et plus simple à mettre en place, et tous les élèves participent.

D'autres expériences de débat peuvent être trouvées dans un fil de discussion de la liste de diffusion d'enseignants et enseignantes de SNT (en particulier la contribution de Julien Peccoud).


  1. Je n'ai jamais autant profité de l'expérience de mes collègues documentalistes, d'histoire-géographie ou de SES que pour préparer mes cours de SNT.